A l’occasion du 8 mars, Journée Internationale des droits des femmes, l’Abrapa a souhaité mettre à l’honneur celles qui représentent 93 % de nos effectifs et œuvrent au quotidien auprès de nos clients, patients et résidents.

Qu’elles travaillent au domicile des personnes aidées ou en établissement, sur le terrain ou au centre administratif, à un poste d’aide, de soin ou de management, dans le Bas-Rhin ou dans nos territoires, ELLES nous racontent leurs parcours et leur rapport au travail dans une série de portraits.


1. Petite fille, quel métier rêviez-vous de faire ?
Quand j’étais enfant, je voulais être maitresse d’école. Je mettais mes poupées, je jouais à la maitresse, je leur parlais. Donc mon rêve, vraiment c’était institutrice, maitresse d’école.

2. Votre parcours professionnel : ligne droite ou chemins détournés ?
Oui détournés !

Je suis venue de la Côte D’Ivoire très jeune, j’avais 19 ans, ce n’était pas facile pour moi, je faisais des formations un peu partout. J’ai fait le brevet « technicien de la représentation » qui était le niveau BAC. Avec ce diplôme, cela me permettait de faire un BTS Secrétariat. Après 2 ans, je n’ai pas obtenu le diplôme. Ça m’a découragé, alors j’ai fait un BTS des assurances automobiles, ça aussi ça ne m’a pas plu. A côté des formations, étant seule ici, il fallait quand même que je travaille. Je me suis lancée, j’ai mis des annonces dans les journaux pour pouvoir faire des petits boulots. J’intervenais à domicile et je faisais le nettoyage dans des bureaux le soir. J’avais quand même des bons patrons, on ne se connaissait pas, ils me donnaient les clés et je travaillais chez eux à domicile. J’ai été employée de maison. Je travaillais dans une famille, je m’occupais des enfants pour faire les devoirs pendant que les parents n’étaient pas là. Le domicile je suis là-dedans depuis fort longtemps.

A côté de ça, j’ai fait une formation de création d’entreprise en 1995 et je suis devenue chef d’entreprise à partir de 2001, mais je continuais encore le ménage chez des personnes parce que je ne pouvais pas les laisser comme ça.

En 2003, une amie me parle de l’Abrapa : « comme tu es beaucoup à domicile, est-ce que ça t’intéresserait de travailler dans une association ? Ils engagent des personnes pour s’occuper de personnes âgées, malades, à domicile ». Pourquoi pas ? J’ai passé un entretien, puis j’ai appelé dans l’après-midi en disant que j’avais beaucoup réfléchi et que je souhaiterais travailler à l’Abrapa. Et ils m’ont pris. J’ai commencé à l’Abrapa en 2003 en tant qu’aide à domicile. En tant que chef d’entreprise, j’avais 6 personnes que j’encadrais avec mon conjoint. Comme je voyais qu’à l’Abrapa ça me plaisait beaucoup et que je n’avais pas beaucoup de temps pour faire les deux, j’ai choisi l’Abrapa et mon conjoint a continué l’entreprise. Ensuite, on m’a proposé des formations internes. Je me donnais beaucoup, je faisais des remplacements, j’étais toujours partante. En 2007, je fais une formation à laquelle je ne m’attendais pas et je me suis rendu compte que c’était une formation qui pouvait me donner un diplôme d’État. Une formation d’Auxiliaire de Vie Sociale (AVS). Je suis rentrée là-dedans comme ça. « Est-ce que je suis prête ? » Je me suis posée la question. Et je me suis dit « Bon on va y aller ». En 2008, j’ai passé l’examen et j’ai eu mon diplôme d’État d’AVS. Après cela je me suis renseignée, quand on a ce diplôme on peut continuer avec une formation d’Aide-Soignante en VAE. Avec le diplôme d’AVS, j’avais déjà validé 6 modules. Je me suis dit : « pourquoi ne pas continuer ? ». J’ai été diplômée le 8 juin 2012. Pendant la formation j’ai fait des stages à l’hôpital de Sélestat et à l’EHPAD Abrapa Danube, c’est là que j’ai fait ma mise en situation pour mon diplôme. J’ai tout de suite commencé à travailler, à partir du 1er juillet 2012. Et depuis je n’ai pas quitté l’Abrapa, je suis là, je me sens bien.

3. Les trois mots qui résument votre métier aujourd’hui ?
Travail, persévérance, combativité.

4. Être une femme dans votre métier ça change quelque chose ou pas ?
Pour moi, être une femme dans le métier que j’entreprends est bénéfique car nous avons cette capacité à être polyvalentes. De plus, dans ma profession, je réalise des soins d’hygiène, voir intimes, ce qui est pour la plupart du temps difficilement accessible aux hommes du fait de la pudeur de la femme. Cependant, être une femme dans mon métier demande beaucoup de courage car c’est un métier qui est physique surtout qu’à la fin de mon poste, il y a mon deuxième travail qui m’attend en tant que femme au foyer (m’occuper de l’entretien de la maison, m’occuper de mon petit-fils, de mon conjoint, faire les courses…).

5. Dans votre métier, vous êtes plutôt :
a. Tenace comme Hilary Swank dans Million Dollar Baby
b. Empathique comme Amélie Poulain
c. Battante comme Lara Croft
d. Exigeante comme Miranda Priestly dans le Diable s’habille en Prada
Moi j’aime beaucoup la joie… comme dans Sister Act !
Et je me reconnais aussi dans « Tenace comme Hilary Swank ».

6. Pensez-vous avoir les mêmes perspectives d’évolution qu’un homme ?
Aujourd’hui, la femme est quand même nettement sur le même pied d’égalité que l’homme. A l’époque les femmes étaient beaucoup plus à la maison et c’est l’homme qui était beaucoup sur le terrain, au travail, qui ramenait tout. De nos jours la femme doit ramener, l’homme doit ramener, donc on est quand même égaux.

7. Si je vous parle rapport vie pro/vie privée, vous êtes plutôt :
a. Marmots, boulot, fourneaux

b. Running, working, shopping
c. Famille sous mon toit, emploi, temps pour soi
d. Accro au boulot
Moi c’est accro au boulot ! Je préfère être au travail qu’à la maison. Une fois je suis venue alors que je ne travaillais pas ce jour-là !

8. Dans votre vie professionnelle, avez-vous vécu des situations particulières liées à votre statut de femme ?
Non, dans notre équipe il y a des hommes.
Mais avec les clients il y a eu des situations et il faut recadrer tout de suite. Le recadrage c’est très important.

 9. Retour dans le passé, quels conseils donneriez-vous à la jeune Akouba Jacqueline qui débute ? Et à vos jeunes collègues ?
A Akouba Jacqueline : être forte dans la vie, ne pas baisser les bras. Quand vous commencez votre activité, il faut foncer parce qu’après la vie s’arrête. Aujourd’hui, j’ai 62 ans, je n’ai plus la même force que j’avais avant.  Étant jeune, j’ai beaucoup profité de la vie, du travail. Il ne faut pas baisser les bras, il faut foncer. Travail, travail, travail. Jusqu’au moment où le corps dit stop. Tant qu’on n’arrête pas, qu’on est dans la positivité, il faut y aller.

Aux jeunes femmes : foncez, travaillez. Rester à la maison ça ne sert à rien, on n’apprend rien. Alors que quand on est dans le monde du travail sur le terrain, on apprend beaucoup plus. Il faut persévérer. Il faut qu’elles aiment le travail. Et les études aussi, ne pas laisser tomber. A toutes les femmes du monde entier, je leur dit aussi : contactez tous les organismes qui créent des formations, des stages, des emplois. Qu’elles se donnent à fond.

10. Journée internationale des Droits des Femmes, pour vous, nécessaire ou pas ?
Oui c’est nécessaire. Merci à tous ces organismes qui ont créé ce jour. Cette journée pour élever la femme très haut, pour la reconnaissance du travail des femmes. Moi je leur dis merci.

Nous sommes quand même reconnues, écoutées, entendues…et nos voix portent. La voix des femmes porte. Cette journée internationale je pense que c’est une bonne chose.
On revendique nos droits. A l’époque la femme n’avait pas cette valeur là. Elle était là pour la maison, il fallait qu’elle reste à la maison pour s’occuper des enfants, un point c’est tout. Aujourd’hui, la femme fait tout. Elle a une place dans la vie. Il faut reconnaitre le travail de la femme dans le monde entier. Ici, c’est l’Europe. Mais en Afrique, je vous donne le côté africain parce que je suis une Africaine. En Afrique, c’est la femme qui fait tout : elle se lève, elle met le bébé dans son dos, elle va faire le marché, elle va à la plantation, elle cultive… tout !  C’est elle qui s’occupe de tout. Moi je me reconnais dans ça. Le rôle de la femme est très important.

11. Vous vous réveillez homme demain matin, quelles sont les premières choses que vous faites ?
Je préfère rester une femme !

12. En finalité, être une femme dans la vie professionnelle : atout, mauvaise pioche ou joker ?
Après tout ce que je viens de vous énumérer, je pense qu’être une femme c’est un atout ! La femme est positive. Moi je ne me décourage jamais. J’avance. Nous sommes des femmes capables. Nous sommes capables de tout, devant toutes les situations.