A l’occasion du 8 mars, Journée Internationale des droits des femmes, l’Abrapa a souhaité mettre à l’honneur celles qui représentent 93 % de nos effectifs et œuvrent au quotidien auprès de nos clients, patients et résidents.

Qu’elles travaillent au domicile des personnes aidées ou en établissement, sur le terrain ou au centre administratif, à un poste d’aide, de soin ou de management, dans le Bas-Rhin ou dans nos territoires, ELLES nous racontent leurs parcours et leur rapport au travail dans une série de portraits.


1. Petite fille, quel métier rêviez-vous de faire ?
Je voulais être fermière.

2. Votre parcours professionnel : ligne droite ou chemins détournés ?
Chemins détournés. Mon parcours professionnel a commencé en 1990 en intégrant  une association de réinsertion sociale. Je m’occupais d’accompagner des personnes qui étaient en rupture sociale. On les aidait à se réinsérer dans la vie professionnelle, et dans la vie tout court. Puis en 1991, j’ai pris un autre chemin, en travaillant au Parc naturel régional du Haut-Jura. J’étais secrétaire d’accueil. Mon travaille consistait à recevoir le public qui venait chercher des renseignements sur les activités à faire sur le territoire du Parc naturel régional (randonnées, visites, …). J’avais également des tâches administratives à effectuer. La question du développement durable et de la conservation des territoires était déjà à l’étude.

En 1993, j’ai intégré l’ADAJE en tant qu’aide à domicile sur le secteur de Champagnole. Au début des années 2000, l’ADAJE est devenu Prodessa. En 2012 par le biais d’un recrutement interne, j’ai commencé à faire des installations de téléassistance sur le secteur de Champagnole. L’année d’après en 2013 toujours par le biais d’un recrutement interne, j’ai intégré l’équipe animation, en tant qu’animatrice. J’ai cumulé ces trois postes jusqu’en 2017 l’année où j’ai intégré le service Prévention au centre administratif de Lons-Le-Saunier.

Finalement j’ai évolué dans le secteur social mais sans le vouloir non plus. Quand je suis sortie de l’école, je cherchais du travail et à cette époque-là, on avait de la chance, on pouvait trouver du travail très facilement. J’avais répondu à une annonce transmise par l’école et c’est comme ça que j’ai commencé. Je me suis retrouvée tout de suite dans ce secteur social par le biais de la réinsertion et j’ai peut-être un peu dévié quand j’ai intégré le Parc naturel régional. La vie a fait que j’ai rencontré mon futur mari qui était basé à Champagnole, j’ai dû quitter mon poste au Parc naturel régional parce que ça faisait beaucoup trop loin pour moi. Et du coup j’ai intégré l’ADAJE et donc de nouveau ce milieu social d’aide à la personne. Finalement le fil conducteur est toujours là. Ça s’est fait par les opportunités.

3. Les trois mots qui résument votre métier aujourd’hui ?
Écoute, accompagnement et aventure.

4. Être une femme dans votre métier ça change quelque chose ou pas ?
Non.
Même si c’est vrai que ce métier est très féminisé.
Je trouve que la femme à toute sa place dans ce métier.

5. Dans votre métier, vous êtes plutôt :
a. Tenace comme Hilary Swank dans Million Dollar Baby
b. Empathique comme Amélie Poulain
c. Battante comme Lara Croft
d. Exigeante comme Miranda Priestly dans le Diable s’habille en Prada
Je dirais « battante ». Parce que pour en arriver là où j’en suis aujourd’hui, je pense que j’ai montré mon envie d’avancer et d’évoluer.

6. Pensez-vous avoir les mêmes perspectives d’évolution qu’un homme ?
Oui. Pourquoi pas ? Par rapport à l’égalité hommes/femmes : pourquoi il y aurait-il une différence ? Ne serait-ce que sur l’intitulé du poste, la différence serait plus sur des postes qui demandent de la force physique, et  la capacité de le faire.
Je vois tout à fait un homme être capable de faire la même chose que moi. D’ailleurs dans le secteur de l’aide à domicile, il y en a quelques-uns.

7. Si je vous parle rapport vie pro/vie privée, vous êtes plutôt :
a. Marmots, boulot, fourneaux

b. Running, working, shopping
c. Famille sous mon toit, emploi, temps pour soi
d. Accro au boulot
Les enfants sont partis ! Ce sont de grands garçons et ils se débrouillent tous seuls ! [rires] Mais oui « famille sous mon toit » car j’aime bien avoir la famille avec moi. Même si ma famille n’est pas « sous mon toit », c’est pas grave, c’est normal d’ailleurs. Je préfère savoir ma famille bien chez elle.
« Emploi » : j’aime mon travail. Ça fait 30 ans que je travaille dans l’aide à la personne et je ne me suis jamais levée avec la boule au ventre. J’ai eu cette chance là.
Et c’est important d’avoir du temps pour soi.

8. Dans votre vie professionnelle, avez-vous vécu des situations particulières liées à votre statut de femme ?
C’est une situation à l’époque où j’étais aide à domicile, un membre d’une famille m’appelait tout le temps « la femme de ménage ». Alors que pour moi ce n’est pas le but de notre poste. Dans l’aide à domicile bien sûr que les tâches ménagères sont mises en avant mais finalement on fait beaucoup d’autres choses. En l’occurrence, il avait dit à sa belle-mère : « de toute façon vous demanderez à la femme de ménage ». Au bout de la troisième fois, je me suis retournée vers lui, je l’ai regardé puis je lui ai dit « Expliquez-moi, votre belle-mère a une femme de ménage ? ». Il m’a regardé et il m’a dit « Non mais c’est parce que je parlais de vous ». J’ai dit « Oui mais vous savez nous ne sommes pas des femmes de ménage. » Et ça s’est arrêté là.

Pour ma part, je n’ai jamais fait de différences entre les personnes. Je leur disais toujours « c’est difficile pour nous quand on arrive, mais je comprends très bien que pour vous aussi c’est difficile. » Qu’ils soient banquiers, anciens agriculteurs, professeurs d’école…je faisais en sorte de les aider tous de la même façon.

 9. Retour dans le passé, quels conseils donneriez-vous à la jeune Christine qui débute ? Et à vos jeunes collègues ?
A Christine : bats-toi, essaye de surmonter les embûches, vis ton métier comme tu as envie de le vivre.

Aux jeunes femmes : à peu près la même chose, battez-vous.

10. Journée internationale des Droits des Femmes, pour vous, nécessaire ou pas ?
Oui c’est nécessaire de faire comprendre qu’on a tous notre place qu’on soit homme ou femme, qu’on a chacun notre place dans ce monde, dans le monde professionnel. Peu importe nos postes, nos qualifications. L’essentiel, je pense, c’est de pouvoir travailler dans une ambiance sereine.

Une cause qui me tient à cœur et où j’aimerais que ça change : le harcèlement.

11. Vous vous réveillez homme demain matin, quelles sont les premières choses que vous faites ?
Je vais travailler comme tous les jours ! Enfin j’espère, car je ne suis pas un homme.

12. En finalité, être une femme dans la vie professionnelle : atout, mauvaise pioche ou joker ?
C’est un atout. Je pense que les hommes ont besoin des femmes et vice versa les femmes ont besoin des hommes. Et que l’un sans l’autre, il manquerait quelque chose. On a une vision qui n’est pas la même je pense.

Une citation pour conclure de Mère Teresa :
«  La vie est un défi à relever,
Un bonheur à mériter,
Une aventure à tenter. »

« La vie est un défi à relever » car je n’ai pas un niveau d’étude très élevé, je suis fière d’être là où j’en suis aujourd’hui. Les défis ont été relevés et peut être que j’aurais l’opportunité d’en relever d’autres. Je ne prépare jamais rien, je prends toujours les choses comme elles se présentent.

« Un bonheur à mériter » parce que la vie est belle quand même finalement. On a la chance de travailler, d’avoir une famille, de pouvoir faire ce qu’on aime faire, je pense que oui, c’est un bonheur.

Et puis « une aventure à tenter », ça c’est sûr, j’en suis convaincue !