A l’occasion du 8 mars, Journée Internationale des droits des femmes, l’Abrapa a souhaité mettre à l’honneur celles qui représentent 93 % de nos effectifs et œuvrent au quotidien auprès de nos clients, patients et résidents.

Qu’elles travaillent au domicile des personnes aidées ou en établissement, sur le terrain ou au centre administratif, à un poste d’aide, de soin ou de management, dans le Bas-Rhin ou dans nos territoires, ELLES nous racontent leurs parcours et leur rapport au travail dans une série de portraits.


1. Petite fille, quel métier rêviez-vous de faire ?
Je voulais être maitresse d’école car issue d’une famille nombreuse j’adorais les enfants. Je suis la 4ème d’une fratrie de 6 enfants,  j’adorais jouer à l’école avec mon petit frère et ma petite sœur. Ça m’est passé car je me suis dit que si j’ai mes propres enfants plus tard et que je dois m’occuper de toute une classe la journée ça fait beaucoup. Et à l’époque pour faire maîtresse d’école il fallait une licence peu importe laquelle et les 2 ans d’IUFM.

2. Votre parcours professionnel : ligne droite ou chemins détournés ?
Dans l’ensemble c’est plutôt une ligne droite. Dans la continuité de la première question, parmi les différentes licences j’ai choisi celle de psychologie car je me suis dit c’est bien c’est large. Une fois la licence faite je me suis dit que c’est bête de pas aller un peu plus loin donc j’ai suivi un Master 1 (à l’époque c’était une maitrise) en psychologie du travail que j’ai validé. Mais qui ne correspondait pas du tout à ma vision du psychologue (côté trop « entreprise », qui travaille en cabinet RH…). Je ne retrouvais pas le cœur du métier que je voulais c’est-à-dire être avec le patient. Du coup j’ai refait un Master 1 en psychologie du développement et j’ai enchaîné avec le Master 2. J’ai été diplômé en 2011. J’ai travaillé quelques mois avec une psy d’Alsace Alzheimer. En 2012 j’ai débuté à l’Accueil de Jour et cela fait quasiment 10 ans que je suis à l’Abrapa. La structure étant assez vaste pour découvrir plein de choses. En parallèle de l’Accueil de Jour je travaillais dans un premier temps dans un EHPAD Abrapa puis depuis 2018 en SSIAD.

3. Les trois mots qui résument votre métier aujourd’hui ?
Proximité, écoute et soutien.

4. Être une femme dans votre métier ça change quelque chose ou pas ?
C’est un métier très féminin si je me réfère aux promotions scolaires. Les professions d’aide à la personne c’est hyper connu que c’est très féminin. Est-ce que les personnes nous accordent peut-être plus de confiance ou est-ce qu’on a une approche plus douce en tant que femme ?

5. Dans votre métier, vous êtes plutôt :
a. Tenace comme Hilary Swank dans Million Dollar Baby
b. Empathique comme Amélie Poulain
c. Battante comme Lara Croft
d. Exigeante comme Miranda Priestly dans le Diable s’habille en Prada
J’aurais bien mixé Amélie Poulain et Lara Croft. Je pense que dans les métiers qu’on a (plus largement aide à domicile et aide soignant) il faut savoir jongler et s’adapter. Si je prends Lara Croft il faut s’avoir retomber sur ses pieds en terme d’adaptation. Et après, Amélie Poulain, c’est le côté plus doux, l’écoute, le côté empathie. Je pense que c’est bien d’avoir un peu des deux dans des métiers où on est confronté à des choses pas rigolotes qui peuvent nous renvoyer à des choses personnelles.

6. Pensez-vous avoir les mêmes perspectives d’évolution qu’un homme ?
J’ai toujours un côté où je me dis que peut-être les hommes se battent peut-être plus pour acquérir certains droits. Je pense que peut-être les femmes concèdent plus de choses. Tout dépend où on place son curseur de combat. Aujourd’hui j’ai plus un combat pour les personnes que je rencontre, à qui je rends visite, plutôt que pour ma condition. Je me sens chanceuse d’avoir la situation que j’ai.

7. Si je vous parle rapport vie pro/vie privée, vous êtes plutôt :
a. Marmots, boulot, fourneaux

b. Running, working, shopping
c. Famille sous mon toit, emploi, temps pour soi
d. Accro au boulot
L’avant dernière est pas mal car c’est l’idéal auquel on tend. On essaye toutes de trouver l’équilibre entre les 3. On se doit d’être sur tous les fronts même si parfois on aimerait un peu plus de temps pour soi !

8. Dans votre vie professionnelle, avez-vous vécu des situations particulières liées à votre statut de femme ?
Je pense à mes débuts en termes de légitimité par rapport à ma jeunesse, au côté jeune diplômée où forcément les gens ont peut-être moins tendance à vous considérer parce que vous êtes jeune sur le poste et donc pas trop expérimentée. Mais non je ne peux pas dire que j’ai vécu des situations particulières.

 9. Retour dans le passé, quels conseils donneriez-vous à la jeune Claire qui débute ? Et à vos jeunes collègues ?
À la jeune Claire : tu vas voir il y’a des hauts et il y’a des bas mais ce n’est qu’une succession d’aventures et d’expériences qui vont te faire grandir au niveau professionnel. Chaque évènement un peu stressant et déstabilisant va te remettre en question mais derrière tu retomberas sur tes pattes et tu en apprendras que plus sur ton métier.

Aux jeunes femmes qui débutent : ça dépend de la personnalité du jeune en question mais je dirais « observe et écoute » et tu apprendras plein de choses sur les collègues et ta vie professionnelle et c’est là où tu sauras le mieux déployer tes compétences et savoir quoi faire. C’est ce que j’ai essayé de transmettre à une stagiaire en plus d’essayer de rencontrer du monde et de se faire un réseau de gens bienveillants.

10. Journée internationale des Droits des Femmes, pour vous, nécessaire ou pas ?
Souvent ce genre de journée je n’aime pas car ça fait discrimination positive. Cela donne l’impression qu’il y a une journée spécifique. Après je ne crache pas sur le fait que par ci par là on nous offre une rose et c’est plutôt sympa (je ne sais pas si l’Abrapa le fait ? M. Pimmel on aime bien les roses [rires]). En soi c’est un peu comme l’histoire de la Saint Valentin. Il y’ a un côté où tout le monde dit que ce n’est pas bien qu’il y ait une journée spécifique pour mais c’est une journée où on en parle et ça fait du bien.

11. Vous vous réveillez homme demain matin, quelles sont les premières choses que vous faites ?
J’observe et je ressens mon corps ; savoir ce que ça fait d’être dans la peau d’un homme. Je serais curieuse de savoir ce qu’un homme pense. Ça aiderait certainement à mieux se comprendre et inversement si l’homme pouvait expérimenter le cerveau de la femme.

Mais en définitive si on me laissait la possibilité de changer, je changerais temporairement car cela me va bien d’être une femme.

12. En finalité, être une femme dans la vie professionnelle : atout, mauvaise pioche ou joker ?
Au sein de l’Association Abrapa je le vois comme un atout dans le sens où ça ne change rien pour moi. Je ne ressens pas que mon statut de femme m’enlève quelque chose dans ma profession.