A l’occasion du 8 mars, Journée Internationale des droits des femmes, l’Abrapa a souhaité mettre à l’honneur celles qui représentent 93 % de nos effectifs et œuvrent au quotidien auprès de nos clients, patients et résidents.

Qu’elles travaillent au domicile des personnes aidées ou en établissement, sur le terrain ou au centre administratif, à un poste d’aide, de soin ou de management, dans le Bas-Rhin ou dans nos territoires, ELLES nous racontent leurs parcours et leur rapport au travail dans une série de portraits.


1. Petite fille, quel métier rêviez-vous de faire ?
Inspecteur de police.

2. Votre parcours professionnel : ligne droite ou chemins détournés ?
Chemins détournés. J’ai fait un BTS Communication et Action Publicitaire Appliquée et j’ai tout de suite travaillé en rentrant dans le secteur de la pub où j’ai commencé par faire de la maquette de petits annonces (graphisme) pour un journal de la vie du rail et des transports.

J’ai travaillé dans cette structure où j’ai très vite intégré la régie publicitaire en vendant les espaces publicitaires du journal. Je les ai quittés quelques années après pour rentrer au Monde 2 (filiale du Monde) où j’ai travaillé pour un éditeur qui s’appelait Cyber presse publishing  (toute la presse de jeux, jeux en ligne et notamment les magazines de Warner Bros).

J’ai ensuite eu une belle proposition pour rentrer chez Lagardère Publicité où j’ai passé plus de 10 ans. J’ai touché à plein de secteurs (univers des enfants, presse jeunesse Milan, maisons et jardins, presse masculine…Mon métier était consacré à la vente d’espaces publicitaires.

J’ai ensuite quitté Lagardère pour entrer chez Prisma Media (actuellement Vivendi) toujours pour exercer le même métier mais dans un tout autre secteur, le domaine économique (Capital, Management, Harvard Business Revue).

Après 23 ans dans ce domaine, il n’y avait alors plus d’évolution de carrière possible pour moi et en l’occurrence plus dans le management alors même que tout le monde me conseillait d’évoluer dans cette voie.

J’étais de plus fatiguée d’être en permanence dans la recherche clients et la frustration liée aux mutations du milieu ces derniers années (digitalisation au détriment du print, manque de relationnel, « déshumanisation du secteur »).

Je décide alors d’effectuer un bilan de compétences. Le bilan confirme que je suis faite pour manager et qu’au vu de mes résultats, il y aurait un secteur qui me correspondrait : le sanitaire et social et plus particulièrement directeur d’EHPAD !

J’ai alors creusé et me suis renseignée à la fois sur le métier et les moyens de l’exercer.

Reprendre des études à 45 ans avec des enfants en bas-âge en quittant son poste de surcroît, un vrai challenge ! Mais je me suis lancée et ai fait ma formation à l’ILV (Institut Leonard de Vinci à Puteaux). L’entrée était sur concours. Je me suis inscrite, poussée par le coach qui m’a suivie après le bilan de compétences et avec le soutien de mes collègues et de ma direction d’alors.

J’ai passé le concours et ai été admise (25 places disponibles pour 125 candidats). Une année d’études plus tard, me voilà titulaire d’un Master 2 « Directeur de structure sanitaire et médico-social » en octobre 2020.

Avant que je termine le Master, dans la phase de stage, j’avais intégré le groupe Clinéa dans la partie psychiatrie. Je devais alors valider la fin du stage en octobre et présenter le mémoire en novembre. Clinéa m’a alors proposé un poste de direction de clinique psychiatrique en juillet à Thionville.

Ce fut un gros chamboulement car je ne m’attendais pas à partir, et en même temps c’était une très belle opportunité alors que je n’avais même pas encore mon diplôme. Je l’ai saisie et ai accepté l’offre. Je suis restée pas tout fait un an sur ce poste et ai ainsi ouvert une clinique qui sortait de terre.

Cela été une expérience très intense, formatrice et très chronophage mais je me suis très vite rendue compte que cela ne correspondait pas à mes valeurs et à ce pour quoi j’avais choisi de me réorienter vers ce métier.

J’ai alors cherché un poste plus en adéquation avec mes valeurs. Poussée par ma maman qui m’encourageait alors beaucoup à me tourner vers l’associatif, j’ai cherché dans ce domaine et suis tombée par hasard sur une offre de l’Abrapa et me voilà aujourd’hui directrice de l’EHPAD Abrapa Lutzelhouse.

3. Les trois mots qui résument votre métier aujourd’hui ?
Humilité – Énergie  – Engagement

4. Être une femme dans votre métier ça change quelque chose ou pas ?
Non. Hormis peut-être le fait que lorsqu’on manage des femmes il y a une compréhension accrue des problématiques qu’elles peuvent rencontrer et de fait d’une empathie supplémentaire parce qu’on comprend les choses.

5. Dans votre métier, vous êtes plutôt :
a. Tenace comme Hilary Swank dans Million Dollar Baby
b. Empathique comme Amélie Poulain
c. Battante comme Lara Croft
d. Exigeante comme Miranda Priestly dans le Diable s’habille en Prada
Tenace car quand j’ai un objectif, je m’y tiens jusqu’à ce que j’y arrive, quels que soient les freins.

6. Pensez-vous avoir les mêmes perspectives d’évolution qu’un homme ?
Dans ma carrière précédente, on donnait plus les postes de direction à des hommes qu’à des femmes en raison des contraintes familiales, à l’Abrapa je n’ai pas ce sentiment.

7. Si je vous parle rapport vie pro/vie privée, vous êtes plutôt :
a. Marmots, boulot, fourneaux

b. Running, working, shopping
c. Famille sous mon toit, emploi, temps pour soi
d. Accro au boulot
Depuis que je suis à l’Abrapa je dirai accro au boulot ! Mais il faut malgré tout savoir en sortir un peu de temps en temps.

8. Dans votre vie professionnelle, avez-vous vécu des situations particulières liées à votre statut de femme ?
Oui du harcèlement.

 9. Retour dans le passé, quels conseils donneriez-vous à la jeune Frédérique qui débute ? Et à vos jeunes collègues ?
Suis ton intuition ! Pour moi ça a marché en général.

Pour les jeunes collègues : de bien trouver sa place, c’est important. Ce n’est pas j’arrive, je sais tout. On n’est pas directeur pour un titre, c’est plutôt qu’est-ce que vous êtes capable de faire. On encadre des gens, on a des objectifs et on est responsable de personnes, et ça, ça veut dire quelque chose. Ce sont des choses importantes qu’il faut avoir à l’esprit.

10. Journée internationale des Droits des Femmes, pour vous, nécessaire ou pas ?
C’est une journée qui a du sens car elle reconnaît un peu plus la femme, il y a toujours eu une disparité homme/femme alors que la femme a une vraie place dans la société. Simone VEIL l’a revendiqué et largement démontré et a beaucoup œuvré pour notre liberté aujourd’hui.

11. Vous vous réveillez homme demain matin, quelles sont les premières choses que vous faites ?
Je ne sais pas, je ne rêve pas particulièrement d’être un homme !

12. En finalité, être une femme dans la vie professionnelle : atout, mauvaise pioche ou joker ?
Atout. Dans la vie professionnelle on est égale à un homme donc on joue la parité, on est autonome financièrement et libre de ses choix, de ses actes, c’est important.