L’écrit pour les cris…de joie, de peur…

Imprévisible, inattendue, la crise sanitaire nous a tous pris au dépourvu. L’angoisse devant l’inconnu, la peur de la maladie, la déstabilisation dans nos habitudes, la perte d’équilibre… A l’EHPAD Abrapa Hoenheim, le personnel n’a pas échappé à ces sentiments.

Très vite, le besoin de trouver un espace de parole, au-delà des réunions dédiées aux directives et aux protocoles à appliquer, s’est imposé à tous.
Un espace qui permettrait a chacun de s’exprimer tant sur son vécu personnel que sur ses préoccupations professionnelles.
Un espace qui serait basé sur le volontariat.
Un espace qui traduirait notre égalité devant cette crise COVID19, quelle que soit la fonction des participant.e.s.
Un espace sans contrainte ni obligation dans le temps.

C’est donc tout naturellement que Margot Schimpf, la Directrice de l’EHPAD, et Pascale Wehr-Stoll, médecin, ont pensé un atelier d’écriture où l’envie d’écrire en serait l’essentiel moteur ! Il ne leur restait plus qu’à convaincre le personnel !

Lors d’une réunion pluridisciplinaire, elles ont suggéré au personnel d’écrire sur des post-it UN MOT qui résumerait ce que le confinement générait en lui. Une peur, quelque chose qui le rassure, comment il  imagine le futur ? Ces post-it ont été mis en commun et commentés ;  tout le monde a pris la mesure du bien fou que la prise de parole et l’échange procurent dans l’adversité.

Les référentes de l’établissement ont alors exposé leur envie de laisser libre cours à l’expression par cet atelier d’écriture.
Perplexité, questionnement, curiosité et finalement adhésion pour certain.e.s  avec enthousiasme et conviction, pour d’autres avec plus de timidité. La peur du jugement… Mais, allez, le projet se met en route.

Margot et Pascale ont fait appel à Beevy Jalma, animatrice d’ateliers d’écriture qui, à chaque séance organisée en visio-conférence, proposait 2 thèmes aux participant.e.s. Venait ensuite un temps d’écriture, un temps de lecture, un temps de partage.

Ces temps d’écriture ont été organisés durant une plage horaire hebdomadaire habituellement dédiée aux groupes de travail, ou aux formations en interne. En termes d’investissement temps, l’atelier d’écriture n’a donc rien changé pour le personnel de l’EHPAD. Entre sept et dix salarié.e.s, référentes de l’établissement comprises, se sont donc rencontré.e.s durant sept séances d’une heure dans le cadre de cet atelier… sans aucune obligation d’écrire d’ailleurs puisque la règle d’or était le RESPECT.

Finalement, devant la richesse des écrits, le groupe a souhaité aller plus loin.
« … Et si on participait, à travers nos écrits, à redorer l’image des EHPAD en cette période sombre ? ».
Il a donc été décidé de rassembler les écrits dans un « journal de bord du confinement ». Ce qui comptait c’était de respecter les ambiances, de conserver la spontanéité, et que la forme reflète fidèlement le fond.

Fière du résultat de l’atelier, l’animatrice a proposé au groupe de participer à un concours organisé, dans le cadre de la crise sanitaire, par une maison d’autoédition : LIBRINOVA. Verdict le 25 juin prochain.

On ne peut passer à côté de cet ouvrage poétiquement intitulé « Oxygène en bulles pour traversée virale ».
Et pour aller jusqu’au bout de leur « entreprise » les écrivain.e.s en herbe de l’EHPAD ont, en toute humilité, signé sous le pseudonyme Mes’Anges. Le projet ne vise pas à mettre en valeur les talents individuels d’écriture mais bien un partage de ressentis, d’émotions, de vécus. D’ailleurs, la parole des résident.e.s, les mots, les phrases d’encouragement envoyés par les familles et proches trouvent aussi une belle place dans ce journal de bord. Quand l’enthousiasme est contagieux…

Petit atelier deviendra grand… Cette aventure n’en restera pas là. Tel est le choix des collaborateurs de l’EHPAD de Hoenheim. Pourquoi s’arrêter en si bon chemin quand l’écriture a prouvé qu’elle est créatrice de lien et qu’elle permet des prodiges comme le dit si bien Pascale : « on existe en tant qu’individus dans une équipe et le partage nous a permis de ne pas nous laisser aller à la peur mais au contraire de nous rassembler dans l’élan et la confiance ».

Longue vie à cet atelier d’écriture !